L’abeille, un insecte prodigieux ?

L’abeille, un insecte prodigieux ?

Le saviez-vous ?

1 – Une butineuse chargée de pollen

L’abeille domestique est sans doute l’insecte qui a été et est encore celui que l’on étudie le plus. C‘est sans doute pour cela qu’on la qualifie de « domestique » ! Elle semble avoir tout inventé, dans des domaines aussi variés que l’architecture ou l’alimentation. Le niveau de  sophistication de certains de ses comportements nous conduit à penser que c’est plus que de l’instinct et qu’il y a vraiment une intelligence innée et aussi acquise.
Contrairement aux autres hyménoptères, l’abeille passe l’hiver en colonie tandis que chez les autres, seules les reines fécondées survivent aux rigueurs de l’hiver. Une colonie d’abeilles se comporte donc comme un super être vivant qui ne meurt jamais – sauf accident – mais qui évolue et se multiplie au gré des essaimages en conservant une partie de ses membres et avec eux, la mémoire collective. Il y aurait donc une continuité dans la conscience et pourquoi pas, dans l’intelligence collective, qui se perpétuerait depuis des millénaires avec une part nouvelle d’acquis au fil des siècles, à partir des réflexions sur les retours d’expérience….

UNE AUTONOMIE REMARQUABLE
À ma connaissance, l’abeille est le seul insecte qui supplée à tous ses besoins avec seulement le produit de ses sécrétions glandulaires. Il lui suffit de s’approvisionner en glucides (nectar des fleurs et miellat) et en protéines (pollens – voir photo 1) pour produire son alimentation, celle de ses larves et de sa reine. Les glandes hypophrygiennes de son cerveau et mandibulaires produisent, chez les jeunes abeilles, la précieuse gelée royale qui alimentera, pure, les larves pendant leurs 3 premiers jours, et la reine toute sa vie.

Ensuite, les larves destinées à faire des ouvrières ou des mâles seront sevrées avec une bouillie de pollen et de miel et très peu de gelée royale. C’est la continuité d’une alimentation d’une larve avec de la gelée royale qui provoquera les mutations morphologiques propres aux futures reines et ce sont les ouvrières qui en décident.

Elle produit également la cire sous forme d’écailles par les glandes cirières situées dans le 7e tergite de son abdomen. Elle l’utilise pour construire ses rayons, contrairement à la plupart des autres hyménoptères qui façonnent leur nid avec une « pâte à papier » issue de fibres de bois malaxées ou se contentent de cavités plus ou moins naturelles.

Cette particularité, intéressante sur l’indépendance par rapport à l’environnement, devient cependant son point faible lorsque les provisions sont de mauvaise qualité ou que les ouvrières présentent des déficiences causées par des pathogènes, des parasites ou le contact avec des biocides.

2 – Coupe transversale d’un rayon (hausse)

L’ABEILLE, EXPERT ARCHITECTE
L’habitat d’une colonie d’abeilles se compose de rayons de cire parfaitement verticaux et parallèles même s’ils sont parfois courbes. Pour respecter la verticalité, les abeilles improvisent un fil à plomb en se suspendant par les pattes en longue chaîne. Les rayons possèdent un voile central sur lequel les cirières bâtisseuses vont étirer des alvéoles de chaque côté pour permettre l’élevage du couvain ou l’entrepôt des
provisions. La section des alvéoles est un hexagone parfait qui, remarquablement, est la seule forme du pavage d’une surface qui procure la plus grande surface pour le plus petit périmètre. C’est donc la solution la plus économique qui existe. Nous avons copié cette forme pour faire des structures très résistantes ayant un poids minimum, dite si dans l’industrie aéronautique ! Cette propriété connue depuis l’antiquité devra attendre 1988 pour être démontrée mathématiquement. Pour rigidifier le rayon, les alvéoles sont opposées en quinconce et inclinées de 11° vers le haut pour éviter au nectar de couler et aux larves de tomber (voir photo 2). Pour que les accrochages aux supports résistent à la charge de chaque rayon, la cirière ajoute de la propolis à la cire pour la rendre plus résistante et augmenter son point de fusion.

L’entraxe entre les rayons est exactement de 35 mm ce qui correspond à 2 fois la longueur d’une ouvrière (longueur de la cellule du couvain) plus la largeur de 2 abeilles dos à dos. Ainsi, une fois closes, les alvéoles permettront à la larve de faire sa métamorphose qui se terminera par la sortie d’un être parfait qui ne grandira plus. L’intervalle entre les rayons sera suffisant pour que les ouvrières puissent cheminer sur les cadres voisins sans se gêner. C’est un peu l’histoire de l’écartement de nos rails qui tire son origine de l’écartement des roues de diligences tirées par des chevaux attelés en couple, donc un peu plus que 2 fois la largeur d’une croupe de cheval de trait ! Nous avons repris cet écartement de 35 mm pour l’entraxe de nos cadres mobiles dans les ruches modernes (voir photo 3). Les mâles étant plus gros et plus longs, les ouvrières construisent des cellules spéciales dans les angles ou en bas des rayons (voir photo 4). Pour la reine, c’est une cellule particulière qui sera construite, verticale et plus longue. La reine naît la tête en bas, les mâles et les ouvrières, la tête en haut (voir photo 5).

3 – Écartement cadres de couvain

L’ABEILLE, UN CHEF CULINAIRE HORS PAIR
Les ressources alimentaires de l’abeille sont des sucres complexes (nectar des fleurs et miellat des insectes suceurs) et le pollen des fleurs, or ces produits ne sont pas assimilables directement. Les sucres en C6 (saccharose…) sont cassés en sucres simples en C2 (glucose, fructose, lactose…) directement assimilables sans déchet. L’abeille possède des invertases dans son gosier qui, lors des multiples échanges de la trophallaxie (échange de nourriture entre les membres d’une société d’insectes, renforçant la cohésion de celle-ci), s’ajoutent au nectar pour l’invertir avant de le stocker dans les cellules. Mais sa concentration en sucre est encore trop faible pour l’empêcher de fermenter. Il est donc concentré par évaporation de l’eau comme lors de la cuisson des confitures pour passer d’un nectar à 20% de sucre à un miel à plus de 80% de sucre.

Pour améliorer encore sa conservation, l’abeille y ajoute un peu de son venin qui jouera le rôle de conservateur.

De la même manière que l’on scelle les pots de confiture, la cirière ferme chaque alvéole de miel « mûr » par un opercule de cire en prenant bien soin de laisser un film d’air qui assurera la pression osmotique nécessaire à l’équilibre du miel.

4 – Cellules d’un cadre de couvain

Les différents nectars collectés ont des compositions propres qui peuvent les rendre non miscibles, pour éviter ce risque, chaque alvéole ne contiendra qu’une origine florale, ce qui fera le délice des dégustations de miel en section où chaque absorption d’une cellule procure la sensation d’un miel monofloral, chose que l’on retrouve jamais dans les miels « toutes fleurs ».

Le pollen tel que, récolté en pelotes, n’est pas assimilable. Il a besoin de l’action d’un acide pour dissoudre la pellicule protectrice de chaque grain. Les « magasinières » ensilent les pelotes de pollen dans les cellules en y ajoutant des composants qui provoqueront sa fermentation, un peu comme nous faisons fermenter certains légumes pour les rendre digestes. Une couche de miel et un opercule assureront sa conservation sans moisir.

L’abeille accumule des provisions en prévision des mauvais jours, notamment ceux de la période hivernale. Cette propension à l’accumulation est telle que l’abeille stocke largement plus de provisions qu’elle ne pourra en consommer. Ce qui permet des prélèvements (récoltes) par l’apiculteur sans mettre en danger la survie de la colonie, en laissant toutefois entre 15 et 20 kg de miel (et pollens) pour passer l’hiver.

5 – Cellules royales

Texte et photos Jean-Paul Charron

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