Le biocontrôle

Le biocontrôle

En 2019, les pesticides chimiques de synthèse seront interdits d’utilisation et de détention par le jardinier amateur. Parmi les solutions  alternatives, les produits de biocontrôle sont mis en avant.

Abri pour hérisson

LOI LABBÉ
Le sénateur Joël Labbé dépose en 2013 un projet de loi visant à mieux encadrer l’utilisation des produits phytosanitaires compte tenu de leur impact sur la santé et l’environnement.
Ce texte prévoit l’interdiction d’usage des produits phytosanitaires de synthèse, excepté les produits autorisés en agriculture biologique, les produits à faible risque et les produits de biocontrôle :
~~ Au 01/01/2017 en JEVI (Jardins, Espaces végétalisés et Infrastructures) professionnels (espaces verts des collectivités, établissements publics).
~~ Au 01/01/2019 en JEVI amateurs, avec interdiction de la vente en libre-service dès le 1er janvier 2017.

Les jardiniers amateurs ne pourront donc plus utiliser ni détenir des produits phytosanitaires de synthèse au 1er janvier 2019.

Protection par filet

CONSÉQUENCES POUR LE JARDINIER AMATEUR
En premier lieu : vider vos cabanes de jardin, placards et autres lieux de stockage de tous les produits interdits (à rapporter en déchetteries spécialisées et certaines jardineries).
Ne pas chercher à vous les procurer sur internet ou à l’étranger, la détention est pénalement répréhensible comme l’utilisation : il s’agit en effet d’une infraction pénale, punie de 6 mois d’emprisonnement et de 150 000€ d’amende. (Cf art. L.253-7 et suivant du code rural où la loi Labbé a été codifiée). Dans le cadre de (mauvaises) relations de voisinage, ou d’une intoxication, gêne ou contentieux divers, un particulier pourrait très bien reprocher à son voisin d’utiliser des produits interdits et d’en détenir. De même, une association gérant des centres de jardins collectifs ou jardins partagés, pourrait être concernée si elle n’appliquait pas la loi.

Larve de coccinelle européenne

LES PRODUITS QUI RESTENT AUTORISÉS
Ceux admis en agriculture biologique : sulfate et hydroxyde de cuivre, soufre, bicarbonate de soude, pour les plus utilisés couramment par les jardiniers amateurs.
Les produits à faible risque : actuellement seules 10 substances actives sont officiellement reconnues comme étant à faible risque conformément au Règlement (CE) 1107/2009 et concernent principalement les professionnels.

Les produits de biocontrôle classés en quatre familles
~~ Les macro-organismes : insectes et acariens (chrysope, coccinelle, forficule, syrphe…). Mais aussi les hérissons, les parasitoïdes  type micro-guêpes, les nématodes, petits vers microscopiques qui parasitent leur proie et les font mourir (contre les limaces, les larves d’otiorhinques, certaines variétés de chenilles…). Pour les attirer, mettre des fleurs dans le potager, installer des abris pour les accueillir, garder des petites zones sauvages, couper le gazon plus haut…
~~ Les micro-organismes : champignons, bactéries ou virus. Par exemple le bacillus thuringiensis qui produit une toxine détruisant les chenilles, le bacillus subtilis qui aide la plante à s’auto-défendre.
~~ Les médiateurs chimiques : les phéromones d’insectes utilisées pour le piégeage ou pour la confusion sexuelle.
~~ Les substances naturelles d’origine végétale, animale ou minérale, comme les extraits de plantes, les extraits de roche, l’argile… Par exemple l’acide pélargonique utilisé pour son pouvoir désherbant, le pyrèthre, pour son action insecticide, ou le phosphate ferrique pour lutter contre les limaces et autres mollusques.

Pour ces produits, se reporter au guide de sélection 2018/2019

Piège à phéromones

UN NOUVEAU REGARD
Le biocontrôle, c’est aussi bien des produits qu’une méthode. C’est globalement un autre regard, ou une nouvelle approche du jardinage qui doit s’insérer dans un ensemble de bonnes pratiques et de bons gestes. Ce n’est pas une simple substitution : un produit de biocontrôle ne remplace pas et ne s’emploie pas comme un produit chimique de synthèse tels que nous les utilisions jusqu’alors.

L’exemple le plus simple et le plus marquant est celui de la lutte contre les pucerons. Avant, le jardinier voyait sa plante infestée de pucerons, son réflexe était de pulvériser un insecticide. Aujourd’hui : le jardinier fera tout son possible pour éviter cette infestation : accueillir des auxiliaires qui dévorent les pucerons, veiller au bon amendement équilibré des plantes, à leur exposition, à leur bonne santé. Les bonnes pratiques culturales seront associées aux produits de biocontrôle pour une réelle efficacité :
~~ Bien connaître son sol
~~ Ne pas laisser un sol nu
~~ Avoir des plantes adaptées au climat et au sol
~~ Préserver la biodiversité de la flore comme de la faune
~~ Agir au bon moment
~~ Observer, sur veiller régulièrement et diagnostiquer
~~ Pratiquer la rotation des cultures et les associations de plantes
~~ Respecter les bonnes conditions lors des semis
~~ Semer des bonnes graines saines et exemptes de maladie
~~ Disposer des barrières anti insectes (voile, filet etc.)

Compagnonnage

CONCLUSION
Le biocontrôle apporte :
~~ Un bon niveau de protection des cultures et des récoltes,
~~ Un maintien de la biodiversité,
~~ La santé des applicateurs et des personnes directement concernées par les opérations de protection des plantes,
~~ Une diminution des risques de pollution de l’eau, de l’air et des sols,
~~ Une meilleure protection du consommateur (moins de risques de résidus),
~~ Une valorisation de l’image du jardinier amateur responsable et conscient de son impact sur la nature qui doit être un ambassadeur des bonnes pratiques, du jardinage éco-responsable et de la préservation de notre environnement et de notre cadre de vie.

Pour en savoir +
Consulter la fiche jardinons nature N°5b de Jardinot «Bien guérir avec les produits de biocontrôle »
Et les sites :
www.jardiner-autrement.fr et www.ecologique-solidaire.gouv.fr/sites/default/files/10-_Guide_zero_pesticides.pdf

 

Texte et photos Jean-Marc Muller

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