Le venin d’abeille : un mal et un bien ?

La majorité des hyménoptères possèdent un appareil vulnérant servant uniquement pour leur défense. Ils permettent d’inoculer un venin dont la composition et les effets diffèrent sensiblement d’un insecte à

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Apiculteur à l’ouvrage

Le venin d’abeille

Un mal et un bien ?

La majorité des hyménoptères possèdent un appareil vulnérant servant uniquement pour leur défense. Ils permettent d’inoculer un venin dont la composition et les effets diffèrent sensiblement d’un insecte à l’autre. Le venin d’abeille, toujours redouté pour ses effets douloureux et parfois mortels, est pourtant porteur de bienfaits pour la santé bien connus depuis fort longtemps, notamment en Grèce et Chine antiques.

L’appareil vulnérant des abeilles

Seules les femelles de la ruche possèdent un dard. Les mâles ou faux-bourdons en sont dépourvus. Le dard de la reine est lisse et elle s’en sert uniquement dans les combats régicides. On peut donc saisir la reine sans risque, notamment pour la marquer de la couleur de l’année. Le dard des ouvrières est composé de deux lancettes dentelées encadrant un canal injecteur. Une fois plantées dans la peau, les lancettes sont alternativement mues par un muscle et s’enfoncent ainsi profondément sans possibilités de retrait. Le venin est produit par le mélange de deux liquides, un acide contenant les principes actifs et un liquide basique qui assure la dilution nécessaire à la fluidité et à la lubrification du dard. C’est l’ensemble de l’appareil qui reste fiché dans le derme des mammifères et qui distingue une piqûre d’abeille de celles des autres hyménoptères au dard lisse. C’est aussi ce qui en fait son efficacité car en l’absence d’un enlèvement rapide, c’est l’ensemble du venin qui sera injecté (50 μl, soit 4 fois plus que par une guêpe). Le muscle continue d’actionner la pompe pendant plusieurs secondes après le départ de l’abeille qui mettra plusieurs heures à mourir.

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Méthode pour retirer un dard d’abeille

Réaction normale et allergie

En cas de piqûre d’abeille, il faut arracher le dard le plus vite possible en raclant la peau et en évitant de presser les poches à venin. L’ongle convient très bien à défaut d’une lame de couteau mais jamais avec une pince à épiler comme on le préconise parfois à tort (ndlw : Ça libère plus de venin de la poche dans la piqûre). Ensuite, pour réduire les effets du venin on peut utiliser sa propriété thermolabile (destruction par la chaleur) en chauffant la partie piquée autant que supportable. L’apiculteur utilise la chaleur de son en-fumoir, mais un séchoir à cheveux convient également à défaut du bout rouge d’une cigarette. Des baumes apaisants finiront de calmer les démangeaisons. La première sensation est toujours une douleur vive analogue à une brûlure même chez les apiculteurs aguerris (acide orthophosphorique). Ensuite le venin provoquera une rougeur avec un oedème plus ou moins étendu et des démangeaisons. Cette réaction est normale et seules les personnes immunisées ne la subissent pas. Dans des cas très rares, l’organisme réagit tout entier trop violemment et c’est l’allergie. Elle n’apparaît jamais à la première piqûre, l’organisme n’identifiant pas l’agresseur, mais peut survenir sur certains sujets piqués une seconde fois moins de deux mois après la première piqûre. On ne sait donc qu’on est allergique qu’après avoir en avoir eu la réaction ! Elle intervient dans la demi-heure qui suit la piqûre et se traduit par une urticaire et un oedème généralisés et si on n’intervient pas rapidement, peut apparaître une détresse respiratoire et un coma. Une quinzaine de personnes en décèdent chaque année en France (choc anaphylactique avec collapsus cardiovasculaire). En l’absence d’allergie, au-delà d’une vingtaine de piqûres, une surveillance médicale est préconisée.

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Dard et sac à venin d’abeille

Causes des attaques

Sauf de rares exceptions, les abeilles ne sont pas agressives, l’attaque avec piqûres intervient dès qu’elles se sentent menacées. Tout dérangement du nid de la colonie provoquera une réaction massive et organisée si l’on n’a pas pris le soin d’un bon enfumage préalable. La fumée n’endort pas les abeilles mais provoque le stress de la peur du feu et enclenche le processus de préparation à l’évacuation. Les abeilles se gavent de miel en prévision de l’abandon de la ruche donc des réserves, ce qui a pour effet de les calmer et leur jabot plein handicape les torsions de leur abdomen pour la sortie du dard. La fumée agit surtout comme un écran dans les communications olfactives entre abeilles rendant inaudible le phénomène d’alerte lancée par les gardiennes. Seules les abeilles ayant la connaissance directe de l’intrusion réagiront. L’intrusion dans leur espace de protection peut aussi être simplement une odeur étrangère, comme un parfum – il est fortement recommandé de ne jamais porter de parfum lorsque l’on s’approche d’une ruche – mais aussi des odeurs que nous ne décelons pas, comme celui des produits de tannage du cuir qui a littéralement affolé les abeilles d’une de mes ruches se ruant sur l’étui de mon appareil photo, le lardant d’une cinquantaine de piqûres par face. Les vapeurs d’alcool contiennent du phénomène d’alerte et il recommandé ne de manipuler les abeilles qu’à jeun ! L’odeur du venin déclenche aussi des réactions d’attaques à l’endroit même de la première piqûre car il contient de la phéromone d’alerte. Les décharges électriques (grésillement) stimulent l’action de piquer. Le port de vêtements trop électrostatiques, la chevelure, sont des éléments favorisant les attaques. C’est d’ailleurs par contact des abeilles avec des courants faibles que l’on provoque les émissions de venin pour sa récolte.

Composition du venin et effets thérapeutiques

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Produit de beauté à base de venin d’abeilles

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Abeille

Avant même de connaître sa composition – un mélange complexe d’amines biogènes, d’enzymes et de protéines -, on connaissait dès la plus haute antiquité les bienfaits du venin d’abeille sur certaines pathologies. Les propriétés anti-inflammatoires et analgésiques du venin sont mises à profit pour soigner les arthrites, les rhumatismes et les douleurs musculosquellettiques. Parmi toute la gent des hyménoptères, c’est l’abeille qui possède le venin ayant le plus de composants. Plusieurs composés du venin – melittine, kinines, phospholipases A et B – agissent sur la contraction des muscles lisses, augmentant la perméabilité vasculaire. D’autres comme l’apamine sont des neurotoxiques très puissants agissant sur le système nerveux. On comprend pourquoi les chercheurs poursuivent leurs travaux pour soigner avec certains composants du venin, la sclérose en plaques qui est une maladie du système nerveux central, mais sans aucun résultat probant pour l’instant. On n’exclut pas l’effet placebo dans les cas de rémissions observées. Une chercheuse de l’I.N.R.A.™ a démontré l’effet inhibiteur d’un des composants du venin – les phospholipases A2 sécrétées (enzymes)- sur la multiplication dans l’organisme du protozoaire responsable des crises de paludisme. Les apiculteurs guinéens que j’ai rencontrés m’ont assuré qu’ils se faisaient régulièrement piqués et qu’ainsi, ils n’avaient plus de crises. C’est aussi le cas dans d’autres régions du globe où sévit cette terrible maladie. Le venin d’abeille fait partie de la pharmacopée traditionnelle des marabouts d’Afrique. On recherche également des effets positifs contre la maladie de Parkinson, la maladie de Lyme et plus récemment pour la destruction du virus du SIDA où des essais in vitro sont encourageants. Le venin d’abeille une fois récolté est utilisé tel que ou sous une forme lyophilisée par injection dans les points d’acupuncture par de très fines aiguilles. On se sert également directement des abeilles que l’on force à piquer des points précis. L’apithérapie moderne utilise essentiellement le venin d’abeille pour ses propriétés antiinflammatoires principalement dues à la mélittine dans le traitement des douleurs rhumatismales. Ainsi, malgré les progrès scientifiques accomplis, l’usage actuel du venin d’abeille n’a pas dépassé celui connu du temps d’Hyppocrate, les recherches pour le traitement des autres maladies n’ayant pas encore abouti.

Texte : Jean-Paul Charron

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